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Publié : 8 mars 2010

La sanction éducative : apeçu des travaux d’E. Prairat et E. Maheu

LA SANCTION : ELEMENTS DE REFLEXION THEORIQUES

I. E. PRAIRAT travaille depuis quelques années sur la notion de sanction éducative.

 Il définit la sanction comme une « réaction à un comportement qui porte atteinte aux normes, aux lois, aux valeurs ou aux personnes d’un groupe constitué ».

 Selon lui, la sanction éducative poursuit 3 fins :

une fin politique : faire référence à la primauté de la loi comme l’instance impersonnelle qui assure la cohésion du groupe : « on ne peut vivre avec autrui que si l’on vit ensemble devant la loi »
une fin éthique : apprendre à l’élève que ses actes ont des conséquences dont il doit répondre et donc permettre l’émergence de sa liberté : « il faut parier sur la responsabilité pour la faire advenir »
une fin psychologique : marquer un coup d’arrêt en permettant au fautif de se réconcilier avec lui-même : « la sanction éducative est là pour faire césure et ce n’est qu’ainsi qu’elle peut remplir son office c’est-à-dire réconcilier un sujet divisé avec lui-même » sans compromettre son avenir. La sanction ne doit donc pas être symétrique à la transgression sinon elle devient « une contre-violence censée annuler une violence première ».

 Elle doit respecter 4 principes :

un principe de signification : la sanction doit être expliquée à l’élève concerné avant d’être appliquée. Les sanctions collectives sont prohibées. La parole « rassure, libère, guérit ».
un principe d’objectivation : la sanction doit porter sur un acte, non sur une personne ou une intention. L’acte éducatif « se refuse à réduire l’être au faire et ne renonce jamais à croire en les ressources de l’être ». Cela permet d’éviter tout discours stigmatisant ou étiquetant, qui contrarie une évolution positive.
un principe de privation : la sanction doit créer une frustration (et non de la honte). L’élève doit mesurer ce qu’il perd à transgresser les règles.
un principe de réparation : la sanction peut avoir une dimension reconstructive. Réparer « c’est remettre en état, refaire, raccomoder ». Elle peut permettre à l’élève, s’il y est disposé, de faire un signe envers le groupe ou la victime, et donc de se pardonner à lui-même.

 Est donc à proscrire :
 la sanction imprévisible : celle qui ne se fonde pas sur une loi claire et lisible par tous les élèves et adultes
 la sanction excessive/injuste : celle qui se décide sous le coup de l’émotion, sans le recul nécessaire pour faire que la sanction ne soit pas perçue comme une attitude de domination (néfaste à l’autorité de l’adulte)
 la sanction humiliante.
Il importe que l’adulte soit celui contre lequel l’élève peut s’appuyer, celui qui peut soutenir le conflit. Mais on ne fait pas grandir en faisant honte.

 Trois choses à garder à l’esprit :
 On sanctionne pour ne plus avoir à sanctionner. La sanction est orientée vers le futur.
 Par la sanction, il faut tendre à ne pas nuire. Il faut donc respecter l’élève dans sa singularité, avoir le sens de la justice, avoir le sens de l’hospitalité de l’école.
P. MEIRIEU : sanctionner implique « l’acceptation d’actes que l’on sait à la fois nécessaires et arbitraires et que l’on ne peut effectuer qu’avec la conviction de l’utile et l’hésitation du légitime ».
 Le travail éducatif est un travail à retardement. La sanction peut ne pas être admise au moment de la prononcer, mais l’essentiel est d’avoir donné à l’élève les moyens de se souvenir de ce temps de parole.

II. E. MAHEU est formatrice sur le question de prévention de la violence et de traitement des conflits, auteure du livre Sanctionner sans punir. Dire les règles pour vivre ensemble.

Punition = peine, châtiment. Sanction = sanctifier, rendre sacré.
Pour elle, punir : viser la soumission de l’enfant à la règle par la peur des représailles. Elle instaure un rapport de force déséquilibré, une logique de face à face. En matière de sanction, la loi triangule le rapport entre l’éducateur et l’éduqué.
Dire les règles pour vivre ensemble = considérer que la sanction n’est pas une fin en soi, mais « le moyen pour garantir les règles qui vont permettre de mieux vivre ensemble ». Sanctionner, c’est garantir la loi avec bienveillance
 La sanction éducative ne se présente pas comme une punition mais comme une contrainte non-violente qui s’applique au contrevenant pour qu’il assume sa responsabilité vis-à-vis de lui-même, d’autrui, du groupe (donc les conséquences). La sanction éducative « laisse espérer un rebondissement possible » en faisant accéder au sens de la loi. Elle doit comporter trois volets : la réparation des dommages, un acte en rapport avec la règle, une réflexion sur les raisons qui ont amené ce comportement.
 La sanction positive est le signe de reconnaissance qui valorise l’action d’une personne qui contribue au bien-être d’autrui/du groupe.
 La sanction est tournée vers l’avenir : pour cela, chacun est invité à retrouver la bonne distance, qui passe par un nouvel accord (tenant compte des besoins de chacun).
 La sanction efficace est une sanction réaliste, qui prend appui sur un contexte donné.

Dans le cadre d’un conflit, les points de vue sont différents selon que l’on est la victime (il s’agit alors d’une atteinte, voire d’une agression) et l’auteur (qui veut exprimer qqchose : besoin de s’affirmer, de tester la résistance de l’autre, de faire reconnaître ses droits, en transgressant).
La gestion de ce conflit va permettre de :
- clarifier les statuts, le rôle, la place de chacun
- permettre le débat, la discussion, la négociation. Importance fondamentale de la parole, mais qui n’élude pas la nécessité de la contrainte.
Place et rôle du médiateur qui fait circuler la parole entre les différents acteurs.

 Différence entre la loi (traduction de valeurs dominantes de la société à un moment donné) et la règle (loi de proximité). La règle a aussi une fonction pédagogique= travailler sur elle, c’est apprendre la loi ( ce qui est non négociable/ce qui se négocie donc s’élabore et se révise ensemble)

 L’exclusion de la classe ne doit avoir lieu que dans le cas d’un comportement dangereux. L’exclusion de l’établissement est un bannissement.

 Travailler sur la notion de contrat explicité/intégré dans des cas spécifiques (inscription au club de sport). Utilité des structures d’aide à condition qu’elles soient vraiment pensées comme telles et qu’elles se fondent sur un réel accord du jeune.

 La sanction éducative ne prend du sens que dans une démarche globale, sous-tendue par une éthique et un projet de société.

 Importance des adultes : en tant qu’ils savent dire ce qui n’est pas négociable et ne pas lâcher, être eux-mêmes des citoyens responsables et cohérents. Des mots clés : diagnostiquer l’enjeu d’une situation, détecter les motifs réels d’une transgression, avoir des repères clairs pour ajuster la sanction, imaginer des solutions nouvelles. Surtout= apprendre à gérer ses émotions.