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Publié : 19 décembre 2013

Compte-rendu de la journée académique en Education du 27 novembre 2013

Journée académique en éducation compte-rendu par Sophie Mazo

Mercredi 27 novembre 2013

I- Introduction de M. Alain Picquenot, IA-IPR

Après quelques remerciements d’usage à destination des organisateurs de la journée et des intervenants, M. Picquenot entame la journée avec une remarque sur le terme « climat scolaire » : c’est une notion qui mérite qu’on s’y attarde car elle est, en réalité, récente dans le vocabulaire de l’Éducation nationale.
« climat » est un terme qui, à l’origine, a pu heurter certains sociologues, car jugée trop vague et inadéquat aux sciences humaines.
c.f. : Violence à l’école, état des savoirs, Bernard Charlot, Jean-Claude Emin, 1997, ouvrage commandé par l’institut des hautes études de la sécurité intérieure et du ministère de l’Éducation nationale
Le mot « climat scolaire » est présent une seule fois
définition : « il est très lié au sentiment d’injustice que vivent les élèves et la réalité de conflit de tout ordre qui a lieu dans l’établissement ».

En 2006, un ouvrage apparaît : Le climat scolaire dans les lycées et les collèges, de Georges Fotinos, inspecteur vie scolaire à la retraite
Pour lui le climat scolaire est :
1/ lié à l’application des règles
2/ lié aux relations qui existent entre les différents acteurs dans l’établissement
La littérature spécialisée qui s’était souvent préoccupée de violence (Ville-Ecole-Intégration, Enjeux, le n° "Violence en milieu scolaire, Recherches, pratiques exemplaires et formation des maîtres, Observatoire européen de la violence scolaire" -SCEREN, Hors série n°8, 2004-), parle de climat juste après la parution de cet ouvrage (Ville-Ecole-Intégration, Diversité, le n° "Question de climat scolaire" -SCEREN, n°161, 2010-)

Pour cette expression récente, cette notion de climat doit être interrogée de différentes façons : quelle est sa définition réelle ? Comment contribuer, dans un établissement, à favoriser un climat propice aux apprentissages ?

II- Intervention de Luc Pham, DASEN-adjoint de Paris  

L’expression climat scolaire a le mérite de réunir plusieurs approches. Elle réunit d’abord deux approches : par l’organisation et par le ressenti. Elle prend en compte l’aspect collectif et le ressenti de l’individu Elle rapproche la dimension éducative du pédagogique
La définition : fait part des résultats des enquêtes de victimisation, sauf que enquête de victimisation ne prend pas en compte les ressentis positifs.
Il n’est pas seulement question des élèves, il s’agit aussi des personnels.
Le CPE, en tant que chef d’équipe, a d’ailleurs aussi son rôle dans la gestion des personnels
Tout est donc inter-dépendant.
Expression recteur Alain bouvier « on ne peut pas laisser dans un établissement « un îlot de non qualité qui compromette la qualité de l’ensemble ».
10 % des élèves victimes de harcèlement, mais c’est le croisement de plusieurs types de souffrance
Le climat scolaire va conditionner la réussite des élèves.
Le bien-être des élèves est donc l’affaire de tous.

Pistes possibles d’une politique éducative :

Le diaporama de Luc Pham :

PowerPoint - 3.6 Mo

Remarques au sujet des questions : les rapports de la MGEN montrent que les adultes souffrent davantage des rapports entre adultes que de leur rapport avec leurs élèves. Mais le bien-être des personnels est en lien avec la réussite des élèves. La recherche l’a montré.
Le harcèlement entre les élèves et les adultes existe. C’est le rôle d’un chef d’établissement d’y veiller.

III- Intervention M. Hugues Demoulin, chargé de mission « égalité filles/garçons »

Il y a une relation entre les stéréotypes filles/garçons et le climat scolaire.
Avant, il y avait le ministre de la cohésion sociale. Pour la première fois, il y a eu la création d’un nouveau ministère pour l’égalité homme-femme.

On a une convention 2013-2018 qui donnent des objectifs :
- acquérir et transmettre une culture de l’égalité entre les sexes
- renforcer l’éducation au respect mutuel et à l’égalité
- s’engager pour une plus grande mixité des filières de formation (c’est le 3ème objectif alors que c’était le 1er auparavant).

La question de l’égalité est traitée sur l’ensemble des champs scolaires : orientation, enseignement, vie scolaire, santé : c’est une « approche intégrée »
Les stéréotypes sexistes vont contre le code de l’éducation.
Il n’y a pas de corrélation entre climat scolaire et le sexisme car nous n’avons pas d’indicateurs sur le sexisme dans les établissements. Les indicateurs sexués dans les établissements sont très rares.
Ce qu’il est possible de faire :
- avoir des indicateurs sexués dans les dans les sanctions : voir ouvrage de Sylvie Ayral (la Fabrique des garçons, sanctions et genre au collège, 2011, PUF)
On ne sanctionne pas de la même manière les filles et les garçons : on a des attentes différentes en terme de comportement chez les filles et les garçons. La virilité est en jeu.
- indicateurs sur les attitudes et les comportements
- stéréotypes et représentations : enquêtes auprès des élèves

La socialisation de genre vient d’un auteur : Virginie Despentes

Autre question : est-ce que le climat scolaire joue sur les stéréotypes sexistes ?
Le sexisme a la même structure que le racisme : se sont des différences qui sont construites et non naturelles. Les différences naturelles sont mineures et sont surdimensionnées. Les différences naturelles n’expliquent que très peu de différences sociales. Ces différences sont si souvent rappelées qu’elles en deviennent naturelles dans l’imaginaire commun.

Le stéréotype n’est pas négatif en soi mais il est support du préjugé et de la discrimination.
Ex : lorsque l’on dit « choucroute et bière »  on pense plus vite à l’Allemagne (et non à l’Espagne). Ce n’est pas possible de faire autrement.
L’objectif n’est donc pas de les faire disparaître, mais de les désactiver.

Le diaporama d’Hugues Demoulin :

Powerpoint - 4.9 Mo

IV- Prévention contre le harcèlement, Corinne Nonin, Directrice de l’AROEVEN

L’AROEVEN va de plus en plus intervenir dans la formation des personnels dans le cadre de la nouvelle loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école du 9 juillet 2013

Le diaporama de Corinne Nonin :

Powerpoint - 339.3 ko

V- Intervention de Marie-Louise Martinez, professeur d’université à Rouen

Deux approches à l’origine des travaux de Marie-Louise Martinez :
- l’approche socio-anthropologique du sacré, développée parallèlement à la naissance de l’école de la République par Durkheim et Mauss. L’antropologie du sacré déconstruit la violence sous différentes formes.
- Le modèlephilosophico-anthropologique, repris là encore par et à Emile Durkheim
qui ne s’occupe plus des fondations violentes mais des fondements : valeurs, pratiques, etc.

Les enjeux sont clairs sur la violence : dans les années 90 on voyait l’école à feu et à sang, dans les années 2000, on parlait de violence institutionnelle, aujourd’hui, on parle de « climat scolaire » : pour la plupart des enfants, l’école est un lieu de socialisation 93 % des élèves se disent heureux à l’école, 10 % se disent victimes de violence et 5 % de harcèlement sévère.
La notion de climat scolaire est ancienne (1912-1911 au USA)
Notion très floue. C’est une notion utile car elle situe les défis, elle permet de générer une dynamique, elle est pragmatique)
Sur le plan théorique, est-elle exigeante ?
L’anthropologie de l’éducation en France trouve peu d’écho en sciences de l’éducation, contrairement à d’autres pays (Allemagne par ex) : Durkeim, René Girard, etc.

1) Déconstruction de la violence et du sacré à l’école

La notion de climat scolaire a été redécouverte par l’inspecteur Fotinos pour rendre compte le malaise des personnels au travail. Notion définie comme une métaphore, plus que comme un concept. Cette métaphore correspond bien à la réalité des établissements : un climat est variable, changeant, etc. Mais ce n’est pas un concept précis. Cela risque de nous éloigner de la connaissance.
La notion de climat scolaire prend en compte plusieurs facteurs qui entrent en compte : relations internes, externes, adultes, élèves, familles, partenaires, etc.

Définir la violence avant tout : « toute activité destructrice capable d’anéantir la vie, de l’appauvrir et de l’humilier » article issu de l’encyclopédie universelle
C’est différent de agressivité (pulsion vitale) qui doit être canalisée
Le conflit : bien régulé, il peut être utile. Le conflit social permet plus de justice
La rigueur et l’autorité ne sont pas, non plus, pas la violence, elles sont sources de construction de la personne.
La violence phénomène complexe qui a plusieurs faces : une face positive (vitalité) et une face négative.
Durkeim 1893, thèse sur la division du travail social définie la violence. Il y a eu une dérégulation de l’économie donc une absence de règles : économie  politique  social  individus : c’est un phénomène qui est devenu total. Il va parler « d’indifférenciation dans la société »
Reprend le concept « d’anomie » = absence de règle (concept philosophie de Jean-Marie Guyau)
Cette anomie advient là où on attendait l’autonomie promise par Rousseau du Contrat social, ou Kant sur le plan moral.
L’hypothèse de Durkeim : quand on sort des sociétés traditionnelles, avec une violence institutionnelle, on risque de tomber dans une indifférenciation qui engendre une violence endémique. Cette violence se retrouve partout : institutions (école, famille, travail) et dans la sphère subjective, celle des individus (ex : le suicide)
Sortis d’une institution sacrée, les individus perdent des repères et ont une dérégulation dans leur rapport inter-subjective. On sort de l’hétéronomie et on entre dans l’anomie. Il faut, dès lors, chercher d’autres normes sociales.

1911-1912 : Les fondements élémentaires de la vie religieuse, Durkheim. Ouvrage qui marque son entrée dans l’anthropologie
Le fait religieux c’est le fait social : « le social, c’est le sacré » = le sacré (= ce qui est à part) : c’est ce qui nous protège de la violence
Du latin, le sacer, c’est ce qui nous protège de la violence par des rites, des interdits et des mythes.
Le mot « rite » vient de l’indo-européen « rta » = la mise en ordre
Le sacrifice est la mère de tous les rites.
Sacrifice a pour origine latine sacer facere = faire du sacré, soient des espaces protégés
Le sacrifice se fait autour d’une fête qui rassemble le groupe. Elle régule la violence 
Dans le rite, les individus sont constitués dans une appartenance sociale, il y a de la création du symbolique (les mythes). Les mythes et les rites rassemblent, les interdits séparent (les hommes des femmes, etc.). Dans les interdits, il y a le prescriptif et le prospectif. Tout deux ont pour but de différencier les individus.

A l’intérieur-même du religieux, sont nées des critiques : critiques du religieux violent et du religieux sacrificiel.

La réalité moderne est une réalité darwinienne indifférenciée.
Pour René Girard, philosophe, l’indifférenciation vient du mimétisme de l’homme. Quand le système sacrificiel disparaît, le mimétisme devient une violence .
Il faut comprendre les cycles de la violence et du sacré. Girard montre que la modernité libère la mimesis (l’imitation, la compétition, la rivalité) et cela emporte la société dans une vague destructrice, une modernité à la recherche de boucs émissaires. La violence rivalitaire de tous contre tous se régule avec une violence qui se dirige contre le bouc émissaire.
Le bouc émissaire, pour Girard, est un concept : processus en 5 temps :
1) La crise mimétique va surgir et produire une indifférenciation très grande, puis
2) rassemblement de tous qui va se faire contre une victime choisie (caractéristique physique, )
3) la communauté est régénérée grâce à l’imaginaire persécuteur qui se trouve des excuses
4) de la victime il jaillit des règles culturelles 
5) la victime est alors positivée, sanctifiée, elle devient un mythe

Ce mécanisme de la socialisation est également présent dans les établissements.
La violence des sociétés traditionnelles crée des ségrégations de castes : il déploie la rivalité et cette rivalité crée des victimes. L’indifférenciation des sociétés moderne crée donc de la rivalité qui est elle-même à l’origine du processus du bouc émissaire.
Girard ne trouve qu’une solution dans le christianisme, mais ce n’est pas celle que nous devons retenir.

Il nous appartient d’éduquer les enfants pour éviter cette violence totale.

2) Modèle de la refondation de l’anthropologie philosophique

Émergence du sujet autonome comme personne : instituer des rites démocratiques qui sont des rites autour de la personne en ns appuyant sur les finalités de l’éducation : éducation à la santé et à l’écocitoyenneté.
Il faut fonder une éducation sur le respect de la personne et du citoyen comme éco-citoyen.

3) Solutions, pistes possibles

Les pistes sont très rapidement évoquées : apaiser le climat, avoir une politique de communication sereine, mettre le respect de la personne au centre. C’est tout l’enjeu du « climat scolaire ».

La communication intégrale de Marie-Louise Martinez à retrouver prochainement sur ce site.

VI- Intervention de Tony Derebergue, conseiller sécurité du Recteur au sein du GAPASE

Contact : Tony Derebergue 02 32 08 90 85 csr(a)ac-rouen.fr
Amélioration du climat scolaire, contribution de l’EMS

Le GAPASE intervient dans les EPLE mais également dans le 1er degré.

L’UFAM a rappelé l’importance du diagnostic local de climat scolaire. Il permet de déterminer le ressenti des élèves, des personnels. Un questionnaire a été élaboré de façon anonyme mais sexuée, afin d’avoir des indicateurs sur les discriminations sexistes. Les 85 questions ont toutes une raisons d’avoir été posées. Il n’est pas disponible en ligne car la confidentialité des réponses est primordiale. Les conditions de réalisation du questionnaire sont capitales et doivent être maitrisées par les agents du GAPASE.

Le diaporama de Tony Derebergue :

Powerpoint - 3.7 Mo

VII- Intervention de Caroline David, chargée de mission auprès du délégué académique à la Vie lycéenne

Intervention inspirée de la lecture de l’acte II de la vie lycéenne.

Essoufflement de la vie lycéenne né il y a 20 ans : les élèves connaissent mal les instances, ont un faible sentiment d’appartenance.
Préconisations faites : être innovant, rendre active la participation aux instances de l’établissement
Création des conseils de vie collégien sur le modèle des CVL en perspective.
Un des indicateurs : ce sont les chiffres des élections au CVL, ils sont mauvais
Le CNVL fonctionne beaucoup mieux car cette instance a de l’importance : les élus sont reçus par le Ministre.
Quelques conseils :
- mobiliser les adultes
- faire confiance aux élèves et continuer la transformation des FSE en MDL

Le diaporama de Caroline David :

Powerpoint - 73 ko

Une question dans l’assemblée est posée sur la légitimité des CPE dans l’animation des CVL au regard de la suppression des CPE aux CA des lycée professionnels.

VIII- Conclusion de la Journée par Chantal Blanchard, IA-IPR

Mme Blanchard n’a que peu de temps pour conclure et préfère lancer quelques idées et ouvertures possibles.

Le climat scolaire est perceptible par les sens : images, sons, odeurs. En arrivant dans un établissement, ce sont des signes marquants du climat scolaire.
Le climat scolaire a des conséquences sur les résultats scolaires des élèves, leur orientation, et sur le devenir des personnels qui y travaillent.
Le climat scolaire peut au moins rendre, en toute modestie, simplement possible l’apprentissage, avant même de pouvoir penser à le favoriser.
Le climat scolaire peut rendre l’apprentissage plaisant
Le climat scolaire peut rendre l’apprentissage émancipateur.
Il faut réfléchir à une convergence entre le pédagogique et l’éducatif.
Mais inversons la perspective : tout ce qui constitue le climat scolaire n’est rien d’autre que la finalité des apprentissages. Tous les apprentissages visent à cultiver l’humanité dans les établissements.

Edgar Morin disait : « il faut apprendre aux élèves la condition humaine, la compréhension de soi, la compréhension d’autrui ».

Une notion liée au climat scolaire : la confiance, elle est à créer, entre les élèves, les adultes et les familles.

Sophie MAZO