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Publié : 7 juin 2013

L’Ecole et l’inflation des sanctions (extrait d’un article de F. JARRAUD, Le café pédagogique )

Le régime des sanctions peut-il nuire à l’ordre scolaire ?

Cet article est mis en ligne avec l’aimable autorisation de F. Jarraud, il est extrait du café pédagogique.

L’Ecole et l’inflation des sanctions (extrait d’un article de F. JARRAUD)

Le régime des sanctions peut-il nuire à l’ordre scolaire ? C’est ce qu’a montré Benjamin Moignard, maître de conférences à l’Observatoire Universitaire International de l’Education et de la Prévention, lors d’une conférence donnée à l’Observatoire des zones prioritaires (OZP) le 24 avril. La masse des sanctions, leur concentration sur certains élèves, le sentiment d’injustice que cela crée contribuent fortement à la détérioration du climat scolaire. Certains établissements échappent à cette inflation des peines. C’est donc que des solutions existent...

Que sait-on du nombre de sanctions données chaque année dans les établissements scolaires ? Pas grand chose explique Benjamin Moignard. Ce spécialiste de l’ordre scolaire et de ses effets a suivi de près une centaine d’établissements pour recueillir et analyser le nombre et les types de sanctions données sur le terrain. Il a ainsi collecté un matériel tout à fait nouveau et qui éclaire fortement la vie intérieure des établissements.

De la naissance des sauvageons...

Longtemps la question des désordres scolaires ne s’est pas posée, rappelle B Moignard. Quand ils existaient c’était dans des formes traditionnelles, celle du chahut. Avec la démocratisation scolaire et la montée du poids de l’Ecole et du diplôme dans le destin social, on est passé à "un nouvel âge du désordre scolaire" avec de nouveaux élèves ne participant pas de l’élève idéal. Au cancre succède le "sauvageon", au chahut la "violence scolaire". Un nouveau régime de sanctions se met en place dont l’estimation reste mystérieuse.

Pour connaître vraiment l’importance des sanctions et leur nature, Benjamin Moignard a travaillé sur une centaine d’établissements secondaires répartis sur 3 départements où il a essayé de recueillir le maximum d’informations sur les sanctions données, y compris celles qui ne sortent pas de la classe. Une enquête de victimation a aussi été effectuée dans 15 établissements de l’académie de Créteil. Elle révèle un volume impressionnant de sanctions.

La sanction appelle la sanction

Dans les 15 établissements de Créteil, 26% des élèves ont du dans l’année copier des lignes, une punition interdite. 22% ont fait des devoirs supplémentaires. 10% ont fait des devoirs collectifs, une sanction elle aussi interdite. 60% ont été retenus, 23% exclus de classe, 21% ont reçu un avertissement. Enfin 8,5% des élèves de collège ont été exclus temporairement. Au final seulement 4% des élèves n’ont pas été punis dans l’année.

On assiste donc à un volume de sanctions impressionnant. Pour un département étudié on compterait de 372 à 1092 exclusions temporaires par jour. Globalement le volume de sanctions est plus important en France qu’ailleurs.

Et donc à un cumul de sanctions par quelques élèves. Un tiers des élèves ont été punis plus de 4 fois dans l’année. Ce sont généralement des élèves qui ont de mauvaises relations avec les enseignants, la sanction appelant la sanction. Une étude plus précise dans 3 établissements montre que 6 à 8% des élèves bénéficient de 52% des rapports d’incident en 6ème, 80% en 3ème et de 87% des exclusions de cours. "Plus on monte plus les sanctions sont concentrées. On assiste à la création d’une sorte de casier scolaire", dit B Moignard. Cela entretient dans les établissements le sentiment que tous les problèmes viennent d’un petit nombre d’élèves qui lui même pousse à concentrer les sanctions.

Or plus un élève est sanctionné moins la sanction est efficace et moins il la pense juste. Si 40% des élèves jugent les sanctions injustes (ce qui est déjà très important) , c’est 70% des polysanctionnés 4 fois et plus.

Des pistes de solutions

Tous les établissements ne sanctionnent pas de la même façon et certains, même en zep, échappent à cette inflation de la punition. Pour B Moignard, ces établissements travaillent sur le sentiment d’appartenance à l’établissement. Ils cherchent à établir des règles claires et partagées développant ainsi un sentiment de justice. Ils respectent des procédures contradictoires dans l’instruction des sanctions. Enfin il travaillent le lien avec l’environnement de l’établissement.

Dans les pistes évoquées dans la dernière circulaire sur les punitions, les mesures de responsabilisation sont peu utilisées (1 à 2% des établissements) tout comme les mesures de justice réparative.

Mais le premier pas vers un travail sur le climat scolaire reste déjà l’appréhension du volume des sanctions. Un travail que les établissements devraient tenter de faire.