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Publié : 7 juillet 2011

Du surveillant général au professeur d’éducation.

Du surveillant général au professeur d’éducation.
Alain BECHET, CPE, membre du GRAPE.

La fonction de Conseiller Principal d’Education (CPE) est une spécificité typiquement française adoptée également par ses anciennes colonies. L’arbre généalogique de la fonction remonte au Moyen Âge où l’on éprouvait déjà le besoin d’encadrer, de surveiller et de châtier les élèves.
La branche directe est sans aucun doute celle du « surveillant général ». La trilogie vallésienne (« L’enfant » ; « Le bachelier » ; « L’insurgé ») donne un aperçu émouvant de ce que pouvait recouvrir la fonction. Cette image a longtemps pesé sur la profession. Il est intéressant de noter une évolution comparable à certains égards avec le corps des professeurs d’Education Physique et Sportive issus des anciens maîtres d’armes dont l’image militaire ressemble à celle de nos « surgés », souvent recrutés dans les mêmes rangs. L’évolution du statut de ces deux professions donne une dimension croissante aux aspects éducatifs : le « prof de gym » devient professeur d’Education Physique et Sportive ; le « surgé » devient Conseiller Principal d’Education. Le changement d’appellation montre une volonté de rupture en termes d’images et de pratiques.
L’histoire des sanctions éclaire cette mutation. La place accordée à la sanction rappelle au début du XIXème siècle celui des traditions militaires et monacales ; où l’on parle d’arrêts, de prison, de férule, de privation. Bien que les punitions corporelles soient interdites par le règlement général des lycées du 10 juin 1803, elles étaient monnaie courante. Le surgé n’est alors que le spécialiste de la discipline. Les pratiques relèvent plus du dressage. Là encore nous retrouvons les pratiques corporelles (connues de nos collègues d’EPS) décrites par Georges Vigarello dans « Le corps redressé » : on redresse le corps par la contrainte (ex : le corset). L’éducation consiste à soumettre les âmes. Ces méthodes seront critiquées et l’on assistera à la « lente pacification de l’espace scolaire » décrite par Eirick Prairat. Actuellement, l’éducation consiste à rendre l’élève acteur de ses règles de vie. Les CPE travaillent, par exemple, avec les élèves à l’élaboration de charte de Vie de Classe. Le postulat est que l’élève adhèrera plus facilement aux attentes en construisant lui-même les savoirs-être que par la contrainte.
Cet exemple illustre le glissement progressif de la professionnalité du CPE qui apparaît aussi comme un animateur de séquences éducatives auprès des élèves. Même si le CPE doit être ferme auprès des élèves, il doit aussi être à leur écoute et être capable de mener des actions de groupe (comme un enseignant) répondant à des besoins de Vie Scolaire. Les corps d’inspection depuis plusieurs années attachent une grande importance à cette capacité à former des élèves. Les inspections mettent en activité le CPE devant un groupe d’élèves. Durant ces activités le CPE devient un « professeur d’éducation » : l’action s’inscrit dans une démarche de projet, la séance doit répondre à des objectifs et être évaluée dans une démarche de progression. Le CPE est certainement à un tournant de son histoire. Tout comme le bibliothécaire est devenu documentaliste puis professeur documentaliste ; pourquoi, le surveillant général devenu CPE ne deviendrait-il pas professeur d’éducation ?
Même si le CPE garde certaines prérogatives issues de l’histoire de la profession comme la gestion des élèves absentéistes, des retardataires et des élèves déviants (ce qui arrange tout le monde), il doit aussi s’occuper des autres élèves qui sont aussi en devenir. La profession a la volonté de ne pas se laisser enfermer dans un simple rôle disciplinaire ou d’animateur de « clubs » mais de participer à l’élaboration des savoirs, des savoir-faire et des savoirs-être au même titre qu’un enseignant. Les axes de travail privilégiés du CPE sont les piliers 6 et 7 du socle commun : compétences civiques et sociales (pilier 6) et autonomie et initiative (pilier7).